Pouvez-vous expliquer en quoi consiste le protocole RAAC ?

La RAAC ou Récupération Améliorée Après Chirurgie est une approche de prise en soin globale du patient favorisant le rétablissement précoce de ses capacités à la suite d’une intervention chirurgicale.

La mise en place d’un tel programme représente une démarche d’amélioration des pratiques pour toutes les équipes. Celle-ci nécessite une réorganisation des soins et des efforts combinés au sein d’une équipe pluridisciplinaire impliquant tous les acteurs autour du patient.

Déployée au sein de la clinique, cette initiative vise principalement à :

  1. Réduire de 20 à 25 % les complications post-opératoires, comme la pneumopathie
  2. Diminuer la durée d’hospitalisation en minimisant l’incapacité des patients 
  3. Favoriser une récupération plus rapide post-opératoire
  4. Réduire les douleurs post-opératoires

Pour quelles spécialités et quels types de patients ?

Bien que la RAAC soit applicable à tous les services et patients, elle est particulièrement favorisée pour les personnes âgées qui tendent à obtenir de meilleurs résultats post-opératoires par rapport aux jeunes qui récupèrent généralement plus rapidement.

Ce programme de récupération améliorée est intégré dans le cadre d’un projet institutionnel et repose sur des protocoles cliniques pour les 3 phases de soins : avant, pendant et après la chirurgie.

Actuellement, les spécialités suivantes sont concernées :

  • Chirurgie cardio-vasculaire et thoracique
  • Chirurgie digestive : colorectale, hépatique, pancréatique, bariatrique, gastrectomie
  • Chirurgie du rachis
  • Gynécologie : césarienne, hystérectomie, ovariectomie
  • Orthopédie : prothèses totales de hanche et de genou
  • Urologie : cystectomie, néphrectomie, prostatectomie

La récupération améliorée après chirurgie : les 3 phases clés du processus

Avant : La phase pré opératoire

Les jours précédents l’intervention pour amener le patient à une meilleure condition possible :

  • Information et éducation du patient (consultation dédiée)
  • Évaluation et optimisation de la condition physique
  • Préparation de la sortie

Le jour de l’intervention :

  • Apport préopératoire de glucose ou hydrates de carbone
  • Pas de jeûne préopératoire prolongé (durée le plus souvent raccourcie)
  • Prévention des infections
  • Prévention des complications thromboemboliques
  • Pas de prémédication anxiolytique systématique

Pendant : La phase peropératoire

Les facteurs anesthésiques :

  • Prise en soin individualisée des apports hydriques
  • Prévention de l’hypothermie peropératoire
  • Analgésie multimodale
  • Prévention des nausées et vomissements post opératoires

Les facteurs chirurgicaux (selon spécialités) :

  • Techniques chirurgicales mini-invasives
  • Prise en compte des complications potentielles de la chirurgie
  • Réduction de l’usage des drains, des sondes naso-gastriques (chirurgie abdominale)

Après : La phase post opératoire

La mobilisation :

  • Analgésie multimodale
  • Stimulation du transit intestinal en chirurgie abdominale (motilité)
  • Réalimentation rapide. En effet, dans la pratique de tous les jours, lorsqu’un patient subit une opération, il reste à jeûne pendant au moins 8 à 10 heures de temps. Cependant, avec le protocole RAAC, ceci n’est plus le cas. Le patient consomme des liquides clairs au bout de 2 heures de temps et les solides au bout de 4 heures de temps après l’opération
  • Lever et mobilisation précoce. En clair, le patient marche sur 60 mètres trois fois dans la journée : matin, midi et après-midi accompagné par un(e) Kinésithérapeute
  • Prévention des complications thromboemboliques
  • Préparation de la sortie

Le suivi :

  • Assurer le suivi à la sortie de l’hôpital
  • Reprise des activités du patient
  • Évaluation et retour sur l’expérience du patient

 

La RAAC : une démarche structurée avec des protocole définis

La première étape : La mise en place du protocole à la clinique

La première phase du protocole consiste à mettre en place mais surtout à éduquer tous les professionnels des différents services de la Clinique au protocole RAAC.

Qu’il s’agisse des :

  • Anesthésistes
  • Blocs opératoires
  • Chirurgiens
  • Diététicien(ne)s
  • Infirmières
  • Kinésithérapeutes

La seconde étape : audit des résultats OBTENUS AU BOUT DE 30 PATIENTS

La deuxième phase du protocole consiste à auditer les résultats déjà obtenus jusque-là dans un but d’amélioration permanente des soins apportés aux patients de la Clinique d’Alençon. Généralement, cet audit est réalisé au bout de 20 à 30 patients pris en soin.

Cette étape permet d’examiner :

  • L’évolution des résultats au fil du temps
  • La nécessité d’approfondir certains aspects du protocole à ce stade de son développement
  • Les moyens d’améliorer encore davantage le protocole pour le bénéfice des patients

Depuis septembre 2023, déjà 7 patients ont bénéficié de ce protocole à la Clinique d’Alençon. Tous ont pu sortir après seulement 5 jours d’hospitalisation à la suite de leurs opérations, grâce au protocole RAAC.

Comment envisagez-vous le développement de ce protocole ?

Le véritable objectif du protocole réside dans l’excellence des résultats obtenus par rapport aux autres méthodes, plutôt que dans le nombre de patients traités. Ce que nous observons actuellement et ce qui doit être continué à l’avenir, c’est l’identification systématique des patients susceptibles de bénéficier du protocole RAAC.

En conclusion, la RAAC vise à améliorer les résultats chirurgicaux, à réduire les complications postopératoires et à accélérer le processus de récupération pour les patients.

J’ai contribué à l’implémentation de cette approche en Angleterre il y a de cela 30 ans, et elle a rencontré un succès remarquable depuis lors. La clé de cette réussite réside dans la mobilisation précoce des patients après l’intervention chirurgicale.

Retrouvez-ici l’interview du Dr Babak KIANIFARD